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ŠOKAÈKA RAPSODIJA 2007
LES TAMBURASI EN EXEMPLE Des précepts, des idées ou des concepts aussi forts que le patriotisme, la patrie, le peuple, la liberté peuvent etre mal interprétés, mal utilisés, notamment parfois par ceux qui ne cessent d'en parler. C'est ce qui est arrivé a la musique de tambura et aux tamburasi. Et pourtant, ce sont eux que je veux remercier et dont je veux faire l'éloge. Je n'ai jamais caché que j'aimais écouter les tamburasi. Et d'ailleurs, pourquoi quelqu'un devrait-il cacher son penchant pour ce courant musical ? Et bien, parce que dans ce pays, certaines idées ou certains choix, y compris musicaux, ne sont pas bien vus ou sont mal interprétés. Et il n'est pas rare que ce sont justement ces memes personnes, qui se disent les plus grands défenseurs de cette musique, qui ont eux-memes mis la musique de tambura dans une situation compromettante. Tout ceci s'est aussi passé pour de grandes idées que sont le peuple et la patrie, et meme pour la liberté. Voici ou la tamburica a été meurtrie. Et ironiquement, on sait que jouer de la tambura , c'est quelque part, pour certaines personnes, faire du tapage. A force de répeter toujours les memes histoires, voici que certains tamburasi y croient et se mettent a etre justement ce que les gens pensent qu'ils sont. Des tamburasi de ce style la, vous en trouverez combien vous voulez, et depuis qu'ils se sont électrifiés, ils nous cassent les oreilles. Evidemment, il existe aussi de vrais abus, autre que métaforiques, concernant la musique de tambura et des tamburasi; je parle ici de soi-disant groupes dont chaque note jouée serait rouge de honte si elle était vivante et dotée de conscience, en se demandant ce qu'elle était venue faire dans cette galere. C'est ainsi dans une démocratie. Il faut tolérer la médiocrité, défendre la liberté d'expression en espérant que le meilleur peut arriver a chaque instant, que le mot et la note peuvent engendrer quelqu'oeuvre de qualité. Parmi toutes ces musiques composées, toutes ces paroles écrites, il faut considérer comme le meilleur ce qui justement rend les gens meilleurs. J'ai commencé a fréquenter la tamburica un an apres m'etre assis pour la premiere fois devant un piano. J'ai appris a transformer ces drôles de petites figures dessinées sur une partition en sons a l'école de musique de Krizevac. C'est ainsi que j'ai commencé a "lire" Bach, Mozart, Beethoven et tant d'autres grands. Mon professeur était Madame Ildiko Sandor, elle venait d'arriver a Krizevci et c'est avec elle que j'ai fait mes six années d'étude musicale. Elle porte aujourd'hui le nom de son mari, Obadic. J'aimerais ici signaler l'immense expérience acquise par ma génération et par moi-meme a Krizevci, expérience mise en pratique de façon exemplaire a l' " Ecole de Musique Vatroslav Lisinski " de Bjelovar, et je cite son nom en premier lieu pour la remercier de tout coeur de sa patience et de tous les efforts qu'elle a fourni pour nous; jamais nous ne pourrons la remercier assez. Tres vite, apres avoir appris les notions de base du piano, un autre jeune professeur a mis dans mes mains ma premiere tamburica. Je ne sais plus si c'était une bisernica ou un brac. Plus tard, dans l'orchestre de tamburica de mon école, j'ai jouer tous les types de tambura sous la direction de Stjepan Fortuna, meme du tamburaski bas, appelé Bajs ou Berda dans le langage populaire. La deuxieme dénomination me convient mieux, ça " sonne " mieux. Brac n'a évidemment aucun rapport avec l'île du meme nom, mais avec le mot allemand désignant l'alto ( die Bratsche ) rôle que cette tambura a dans un orchestre de tambura. Par analogie avec les instruments a cordes, nous trouvons également des celo et des celovic. J'en ai joué aussi, mais il y en a quand meme une que je n'ai jamais pratiqué : la bugarija, avec ce si charmant nom. Apres ces souvenirs et cette introduction pour un public non-tambura, voici les raisons de cette histoire : la semaine passée s'est déroulé le concert appelé " Sokacka Rapsodija- Les 100 Tamburasi " au Lisinski de Zagreb. Le premier concert a eu lieu l'année passée et avait été organisé, tout comme celui de 2007, par l'association " Sokadija ", regroupant des Zagrébois originaires de Slavonie. Ce fut bien une vraie rhapsodie et il y avait environ 120 tamburasi sur la scene, qu'ils ont remplie, ne laissant pas un centimetre carré de place. Quand ils ont commencé a jouer, c'était comme un champ fleuri, pas encore fauché, ou comme une étendue de blé ondoyant sous le vent, avec pas moins de onze bassistes dépassant dans le fond, tels des chenes majestueux offrant leur ombre majestueuse. On prete aux tamburasi des caractéristiques particulieres, parfois surnaturelles, qu'eux memes se plaisent a amplifier, comme lorsqu'ils ont tous ensemble entonné le célebre " Becarac " a la fin du concert : " Il courtise sa fiancée, mais il court les bonnes femmes, que chacun sache ce que sont les tamburasi ! ". Tout ce qui rend les gens de bonne humeur n'est pas toujours vrai. Il est néanmoins sur que les tamburasi sont de joyeux lurons, ceci tient la route, comme l'est l'incontournable dernier vers de la célebre chanson, renforçant la légende, qui se termine par ces mots : " ... adieu mere et petites soeurs ... ". C'est une des raisons pour lesquelles le Lisinski était plein a craquer l'autre soir, l'atmosphere était enflammée aussi bien sur scene que dans la salle. Mais il y a dans tout cet événement des leçons encore plus importantes a tirer, des leçons a prendre en exemple. En premier lieu, signaler que l'organisation de cet évenement a été menée de façon exemplaire, en commençant par la superbe présentation, sur deux écrans video géants, des seize villes et de leurs musiciens participants a ce grand rassemblement, sorte d'équipe nationale de tamburasi : de Ilok a Crikvenica. Aussi impressionnant a été le travail des neuf chefs d'orchestre prenant place, tour a tour, devant les musiciens. Tout a été exécuté d'une maîtresse façon, sous la conduite principale du Maître Sinisa Leopold. Je n'ai pas l'intention ici de faire une quelconque critique du programme dans lequel tout le monde a voulu démontrer que l'on pouvait tout jouer sur la tambura. C'est vrai, mais ce n'est pas obligatoire ; c'est ainsi qu'il y avait, a mon gout, un peu trop d'ouvres classiques et d'opéra arrangées pour la tambura, ainsi que des chansons de variété. Ce qui est sur, par contre, c'est que les musiciens se sont comportés, ont joué comme un vrai orchestre ayant répeté des années durant, ce qui entre parentheses, n'est pas le cas, par exemple, du célebre orchestre des « 100 Tziganes » hongrois que d'aucuns veulent comparer naivement a nos « 100 Tamburasi ». Il est a souligner que seulement un quart des musiciens présents sont des professionnels du groupe « Lado » et de l' « Orchestre de tambura de la radio-télévision de Zagreb ». Les trois-quart restant ont démontré la force et la richesse de l' « amateurisme » dans le plus noble sens de ce mot signifiant, avant tout, l'abandon de soi dans quelque chose que l'on aime par-dessus tout et, dans l'exemple qui nous concerne, il faut mettre en avant la somme de travail considérable fournie par chaque tamburas participant, et ne pas oublier le nombre d'heures passées a répeter et a travailler ces partitions exigeantes. Pour ma part, j'étais tres fier de voir mon ancien professeur de tambura Stjepan Fortuna qui, ces trente dernieres années, a fait de ma ville natale, un des centres les plus importants de la musique de tambura en Croatie et qui, avec son orchestre, a fait des tournées presque dans le monde entier en raflant quantités de prix. Cet orchestre des « 100 Tamburasi » mérite de parcourir le monde, quel que soit l'effort logistique et financier a supporter, pour montrer la Rhapsodie enthousiaste de toute une Croatie chantante, mais aussi pour démontrer le sérieux et l'importance de l'art pratiqué par des amateurs, car personne, ce mardi la a Lisinski, n'a douté un seul instant qu'on était en présence de vrais artistes. J'ai voulu contribué modestement en écrivant ces quelques lignes. Ils sont dignes d'éloges. Je veux les encourager, les remercier pour l'effort qu'ils ont fourni ce soir-la, contrairement aux paroles d'une chanson bien connue : «…ça ne vaut pas le coup, les musiciens… ».
Branimir Pofuk, Jutarnji list, le 28 mai 2007
La " SOKACKA RAPSODIJA " - pour la deuxieme fois a Zagreb - en point de mire ! Ce n'était donc pas un hasard que s'était rassemblée une armée de tamburasi et de chanteurs l'an dernier au " Lisinski ". Il y avait un tout petit peu moins de musiciens cette année, mais toujours prets pour de longues répétitions. Dans ce qu'on peut appeler une organisation tres complexe, l'association " Sokadija " a pris en charge les gens, la nourriture, l'hébergement, le transport, le parking pour les voitures, les informations affichées sur les portes, les jus de fruits pour se désaltérer, les tee-shirts...et j'en passe ! Quel souci du détail ! ( Je pense a Martin et a tous les autres de " Sokadija " ). Tout ceci pour rendre la vie agréable a tous les participants de cette fete en l'honneur ( en majeure partie ) de la tambura. J'écris " en majeure partie " car cette année, nous avions également au côté des tamburasi, une dizaine de joueurs de Gajde, qui nous ont fait remonter a la source de la musique et du chant folkloriques de cette grande plaine qu'est la Pannonie. Cet instrument archaique, fabriqué avec une peau de mouton, revient petit a petit a la vie grâce a ses nouveaux intervalles tempérés qui lui permettent d'etre présent en meme temps que d'autres instruments, notamment dans le cas qui nous préoccupe, avec les tamburas, d'une construction beaucoup plus aboutie ( je pense a l'incontournable Stef Veckovic ). La nouveauté était aussi la présence d'un ensemble de joueurs de Samica, instrument solitaire par excellence, puisqu'il signifie " solitude " ! ( joué au départ par les bergers pour tuer le temps ! ). Et bien la " samica " n'est plus ce qu'elle était, c'est a dire seule. La voici dans un nouveau style de vie puisque le maestro Sinisa Leopold en a fait un instrument d'orchestre, dans une programmation murement réfléchie. Faut-il aussi signaler la touche avant-gardiste au moment ou a retentit une chanson Rock & Boogie pendant laquelle notre cher Tuca a eu son mot a dire et pendant laquelle Matija Fortuna s'en est donné a coeur joie, a la grande satisfaction du public. Du début a la fin du concert, les tamburasi, les chanteurs, les solistes, les invités ont défilé sur la scene. Le spectacle a commencé avec la tres populaire chanson de Branko Mihaljevic " Pjevat ce Slavonija " et s'est terminé avec le célebre " Becarac ". De Bizet a Kalogjera, de la musique classique a la chanson populaire, de Bach a Tomica Uhlik, de l'opéra a la musique de gajda, de Darko Ergotic a Ivanka Boljkovac, des musiciens amateurs aux professionnels de la HRT et de Lado, du ministre présent dans la salle au chauffeur de car...la tambura a résonné, remplissant chaque coin de ce palais de la musique qu'est la salle Lisinski. Ce programme riche et varié a duré deux heures trente avec a la fin, des ovations interminables. L'orchestre a fonctionné d'une maniere irréprochable, remplissant parfaitement toutes les directives des dix chefs présents ( consultez la page web de l'association " SOKADIJA " http://www.sokadija.hr pour ne pas devoir énumérer tous les acteurs de ce spectacle ), les gajdasi ont été étincelants, les samicari intéressants. La chorale INA, dirigée par Bojan Pogrmilovic a apporté une dimension sonore grandiose a l'ensemble; le groupe vocal " Vranovci-Bukovlje " a interprété d'une façon naturelle, non " frelatée ", dans un style purement authentique, des chansons mettant en évidence la clarté et la couleur, la chaleur et la force du chant féminin de Slavonie. Marica, Dragica, Slavica, Ruzica, Mihaela, Marija, Ana Terezija, Janja, Marija i Elizabeta ( Mon Dieu, je ne connais meme pas leur nom de famille, mais est-ce nécessaire lorsqu'on a a faire a de vrais artistes ! ) ont brillé de mille feux a côté de Ivanka Boljkovac et de Dani Stipanic que nous aimons et que nous connaissons bien. Tous étaient plein d'assurance, souriants, surs d'eux, portés par la grande tradition musicale populaire croate. Beaucoup de ces interpretes vivent completement ou en partie de leur musique. C'est la raison pour laquelle je suis en train de me demander si nous n'assistons pas, enfin, a une sorte de rapprochement pacifique, a la réconciliation de la musique commerciale et des vraies valeurs de la musique populaire de qualité. Pouvons-nous, un jour, espérer retrouver cette variété et cette richesse dans une diffusion plus large de ces oeuvres aux mélodies et aux textes tres forts artistiquement parlant. Ce fut un évenement, une aventure musicale magnifique pour la culture musicale populaire qui se modernise tout en gardant une certaine forme de raffinement. Un événement pour l'actuelle et future Croatie. Les amateurs, les semi-professionnels et les professionnels se sont de nouveau réunis avec des doigts d'une extreme virtuosité et avec un coeur de pur amateur. On ne peut plus faire marche arriere ! On attend la nouvelle " rhapsodie ". Aux jeunes musiciens j'aimerais dire ceci : la tambura est devant vous, les partitions sont devant vous et derriere vous, des siecles de musique de tambura jouées par les anciens. Pouvez-vous imaginer les sons si doux emplissant le coeur de nos ancetres. Il n'y avait pas de bruit a cette époque, pas de machines, pas de voitures, les décibels destructeurs ne sortaient pas des haut-parleurs comme maintenant... On entendait le chant des oiseaux et celui des cigales, le bruit des feuilles dans le vent, les gens discutaient tranquillement sans élever la voix. Le son de la tambura s'entendait de loin. Ce fut ainsi pendant des siecles. Il y a 160 ans, un tamburas d'Osijek a eu l'idée de rassembler plusieurs joueurs de tambura dans un seul orchestre, il s'appelait Pajo Kolaric. Ce fut la naissance de la grande famille de la tambura qui sans cesse se développe encore de nos jours. L'accordage de l'instrument a suivi une évolution pour pouvoir satisfaire de plus en plus d'interprétations demandées par le monde musical moderne. La tambura s'étudie aujourd'hui dans les écoles croates, on en joue dans des ensembles professionnels, chaque jour apparaissent de nouvelles compositions, de nouveaux arrangements, le répertoire s'enrichit. Il y a des festival et des revues partout. Onjoue de plus en plus vite et de plus en plus fort parce que l'on vit plus vite aussi. Qu'il en soit ainsi, puisqu'il faut que ce soit ainsi. Notre avenir est dans les mains de Dieu, et puis que l'avenir soit ce qu'il est, ce qui est sur c'est qu'il sera plus agréable avec une tambura en main et une chanson dans le coeur. Vous qui désirez faire partie de cette grande famille de tamburasi ( peut-etre en faites-vous déja partie ! ), n'oubliez pas vos prédécesseurs connus ou inconnus sans lesquels nous n'aurions pas aujourd'hui une si riche musique populaire croate. Jouez pour eux aussi. Etudiez pour savoir, exercez-vous pour devenir des as de la tambura. Ne laissez pas passer le meilleur a côté de vous. Faites de la musique et profitez de la vie.
Votre Bozo Potocnik
A suivre...
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